En tant que fan de Little Nightmares I et II, j’attendais avec impatience Reanimal, le nouveau jeu de Tarsier Studios qui fait office de suite spirituelle à leur saga originelle. Les développeurs promettaient un titre plus ambitieux, avec un changement de cadre bienvenu et la présence inédite du jeu en coopération. Ces changements sont-ils suffisants pour faire souffler un vent de fraîcheur ou, au contraire, la formule s’essouffle-t-elle ? Je vous donne mon avis.
L’horreur de la guerre
Jusqu’à présent le studio suédois s’est démarqué en nous proposant des univers très travaillés, à la fois malsains mais cohérents. Il en va de même avec Reanimal qui nous transporte dans un monde en plein conflit faisant totalement écho à la Seconde Guerre mondiale. L’ambiance est pesante de bout en bout, et les lieux traversés rappellent des heures sombres de notre histoire. Camps de concentration, bunkers, navire de guerre échoué, tranchées ou encore orphelinat, il n’y a vraiment rien de joyeux et les enfants que l’on incarne vont traverser ces endroits lugubres comme autant d’épreuves.
Puisque le titre est jouable en coopération, l’histoire met en avant un duo d’orphelins, un frère et une sœur, apparemment revenus sur place pour sauver des camarades d’une mort certaine. Comme dans Little Nightmares, la narration est très discrète, les personnages ne parlent quasiment jamais et la fin est largement sujette à interprétation. Peut-être même un peu trop, et on espère que les DLC apporteront des éléments de réponse à nos interrogations. Quoiqu’il en soit, c’est aussi l’environnement qui nous donne les indices sur ce qu’il se passe. Pour se déplacer, les enfants peuvent cette fois utiliser une barque, ce qui permet d’apporter un monde légèrement plus ouvert et quelques nouveautés de gameplay bienvenues.

Le vaisseau de l’angoisse
Car les développeurs ont souhaité amener la formule connue un peu plus loin. Les phases en barque sont des transitions naturelles d’une zone à une autre, mais elles sont également l’occasion d’apporter un peu d’action. Des créatures marines, sortes de corps en décomposition, ne manqueront pas de vous attaquer et il faudra user de vos harpons pour en venir à bout et continuer à progresser. Ambiance de Seconde Guerre mondiale oblige, les eaux traversées regorgent de mines flottant à la surface. Il faudra les contourner ou parfois les faire exploser pour ouvrir un passage. Ces séquences sont plutôt réussies.
La majeure partie de l’aventure se passe toutefois sur terre. Là, on retrouve davantage les mécaniques de Little Nightmares avec un mélange de plateformes, d’énigmes simplistes, de courses-poursuites et de combats. Reanimal n’est jamais très difficile et les morts sont en général dues à une volonté de progression par l’échec ou à un saut raté en raison des angles de caméra fixes, parfois trompeurs au niveau de la perspective. La progression par l’échec dont je vous parle n’est pas frustrante et demeure très occasionnelle. Il s’agit de passages où l’on est surpris par une créature ou poursuivi par un boss, et où le timing est crucial pour ne pas être attrapé. Ces phases de poursuite constituent les rares moments de stress proposés, car finalement, ce Reanimal est peut-être légèrement moins flippant que ses prédécesseurs. Il brille par son ambiance macabre et déprimante mais ne fait pas vraiment sursauter.
On retrouve davantage les mécaniques de Little Nightmares avec un mélange de plateformes, d’énigmes simplistes, de courses-poursuites et de combats
Les fameux “animaux mutants” montrés dans les trailers ou encore sur la jaquette ne sont, en réalité, pas si légion que ça. Mais leur présence est assez centrale pour l’interprétation de l’histoire. Ce sont eux qui constituent les boss et les séquences les plus mémorables de l’aventure. Les autres phases d’action mettent surtout en scène des enveloppes corporelles, parfois flasque, parfois en plâtre et dans tous les cas bien mal en point. En général il va être question de les éviter et d’être discret, mais parfois l’affrontement est inévitable. Reanimal s’oriente d’ailleurs légèrement plus vers l’action que ses prédécesseurs, surtout dans son dernier tiers, plus surprenant, mettant carrément des armes à feu à disposition. Sinon c’est en général au pied de biche que l’on va en découdre. Ces séquences d’action fonctionnent bien malgré, vous vous en doutez, une approche très simpliste.

Coopérer pour survivre
Bien que le jeu puisse être terminé intégralement en solo, ce que j’ai d’ailleurs fait, l’apparition d’un mode coopération est une réelle nouveauté. Tarsier Studios a d’ailleurs bien fait les choses puisqu’on peut jouer à deux en local ou en ligne, avec dans ce second cas du cross-play possible. Autre bonne surprise, cette fois pour le porte-monnaie : grâce au Pass Ami, un seul joueur doit posséder le titre. L’autre peut simplement télécharger la démo sur les stores et rejoindre la partie à laquelle il est invité. En solo, c’est évidemment l’IA qui viendra automatiquement vous prêter main forte dans les combats mais aussi pour activer des mécanismes nécessitant quatre mains. Evidemment, en coop, il faudra se parler pour effectuer ces actions. Heureusement, Reanimal est un titre très accessible avec une prise en main immédiate et un nombre limité de touches utilisées. Vous pourrez donc jouer avec n’importe qui.
Tarsier Studios a d’ailleurs bien fait les choses puisqu’on peut jouer à deux en local ou en ligne, avec dans ce second cas du cross-play possible.
Pour parvenir à bout de cette expérience horrifique, vous pouvez compter à peu près 4h30 en ligne droite. Mais quelques objets ont également été cachés dans les environnements, notamment des masques que vous pouvez équiper, ainsi que des affiches permettant de débloquer de très beaux concept arts accessibles depuis le menu principal. Enfin, quelques lieux cachés sont à découvrir. Mis bout à bout, cela ajoute certainement deux heures de jeu. Cela reste un poil court pour 39,99 €, surtout si l’on compare à Little Nightmares II qui était vendu dix euros de moins pour une durée de vie sensiblement identique.

Un bien joli cauchemar
Si la saga Little Nightmares s’est immédiatement imposée dans le paysage vidéoludique, c’est en grande partie grâce à son atmosphère visuelle et sonore irréprochable. On pouvait s’en douter dès l’annonce de Reanimal, c’est à nouveau le cas. Les développeurs ont fait un travail incroyable sur les environnements et l’ambiance générale. C’est lugubre, malsain et très immersif. Le titre offre un monde cohérent, avec une belle variété de lieux qui s’enchaînent de façon fluide et évite tout sentiment de répétitivité. On sent un réel souci du détail dans les environnements. La réalisation graphique est d’ailleurs d’un très bon niveau avec des éclairages réussis, des textures de qualité et de jolis effets de particules. Au-delà de ces considérations techniques, c’est surtout la direction artistique qui fait mouche. Le design des lieux mais aussi des créatures mutantes est remarquable. On note aussi quelques plans particulièrement cinématographiques, avec la caméra qui guide notre regard vers des bâtiments démesurément grands ou des créatures attaquant des soldats au second plan.
Côté sonore, on peut une nouvelle fois saluer le sound design qui contribue largement à l’ambiance. On observe un habile jeu entre bruits stressants et silences pesants. Les rares musiques sont elles aussi bien dans le ton.