Halo : Campaign Evolved – Un remake qui conserve l’aura du FPS culte ?

critique Jeu vidéo
Halo : Campaign Evolved – Un remake qui conserve l’aura du FPS culte ?

Il y a 24 ans, j’achetais une Xbox en grande partie pour découvrir Halo, le FPS culte de Bungie. Mais au fil des années, mon intérêt pour la licence n’a fait que diminuer et je dois bien admettre que je me suis arrêté à Halo Reach. Après une éternité loin du Master Chief, l’occasion de se replonger dans l’aventure originale était cependant trop alléchante pour que je passe mon tour. Me revoilà donc sur ce maudit anneau, mais cette fois sur une console PlayStation avec une Dual Sense entre les mains ! Les temps ont changé, mais Halo Campaign Evolved a-t-il réussi à moderniser la formule ? Je vous donne mon avis !

L’anneau de pouvoir 

Entendre le superbe thème principal de la série dans le menu met immédiatement dans l’ambiance et je n’avais qu’une hâte, me plonger dans l’aventure. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le jeu d’origine, je vous redonne quelques éléments de contexte sans spoiler. Halo est un FPS de science-fiction se déroulant au XXVIe siècle. Les humains sont en guerre contre les Covenants, une race extraterrestre technologiquement très avancée. Lors d’un affrontement spatial, le vaisseau humain baptisé “Pillars of Autumn” s’écrase sur une étonnante structure : un anneau géant dont l’origine est initialement mystérieuse, mais qui n’a, cette fois, rien à voir avec Sauron ! Master Chief et quelques survivants de l’UNSC (United Nations Space Command) vont alors explorer le Halo, tout en affrontant les Covenants eux-aussi présents sur place, ainsi qu’une menace bien pire encore. 

Si le scénario de Halo m’avait fait forte impression dans ma jeunesse, je dois bien admettre qu’il lorgne plutôt du côté de la série B quand on le redécouvre en 2026 à travers nos yeux d’adulte. Les dialogues sont extrêmement banals et les personnages manquent de profondeur. On ne s’attache à personne et on a régulièrement droit aux bons vieux clichés des Marines qui n’ont pas froid aux yeux parce que ce sont des Marines ! Cette platitude est renforcée par une mise en scène très basique et par des animations de PNJ in-game ratées. Le point intéressant de l’histoire reste cependant la présence de Cortana, la fameuse IA intégrée à l’armure du Master Chief. 25 ans après la sortie du jeu original et alors que l’IA est partout dans notre société moderne, voir le pouvoir décisionnel quasi total de Cortana a de quoi nous faire réfléchir à notre avenir.

Master Chief, ici en présence de la version XXVIe siècle de Claude !

Feu à volonté

Lors de sa sortie en 2001, Halo avait fait grand bruit notamment grâce à son gameplay. On lui doit par exemple la démocratisation de la santé se rechargeant lorsqu’on se met à couvert. L’usage de véhicules terrestres et aériens était aussi novateur pour un jeu du genre. On retrouve aujourd’hui la même formule et un feeling assez proche, bien que certainement encore un peu plus nerveux qu’à l’époque. L’introduction du sprint contribue d’ailleurs à ce feeling. Le gameplay est un point fort et les développeurs mettent à disposition un paquet d’armes humaines et Covenant pour varier les plaisirs. Mitraillettes, fusil à pompe, sniper, fusil à plasma, lance-roquettes, grenades : l’arsenal est conséquent. Il s’étoffe même davantage dans les trois missions bonus intégrées, puisque ces dernières n’hésitent pas à introduire des armes issues d’autres épisodes. 

…un feeling assez proche, bien que certainement encore un peu plus nerveux qu’à l’époque.

Les gunfights sont très dynamiques et ça peut vite être chaotique à l’écran ! Je pense à l’avant-dernière mission dans laquelle on se retrouve avec des dizaines d’ennemis arrivant de toutes parts ! On est parfois dans un couloir en train de canarder devant pendant qu’une horde arrive derrière à toute vitesse pour nous abattre lâchement. Je me souviens d’une fois où les ennemis ont même sauté sur une tourelle pour m’encercler… par le haut ! Le jeu offre un réel challenge et personnellement, je suis mort un bon paquet de fois en jouant en Normal. Je ne suis pas expert des FPS, loin de là, mais tout de même, j’ai bien galéré sur la fin du jeu. Halo teste votre réactivité et il faut savoir rester en mouvement. La difficulté vient davantage du nombre que de l’intelligence. Car l’IA souffle le chaud et le froid. Si les adversaires pensent parfois à se cacher ou à vous contourner, on est aussi régulièrement confrontés à des ennemis qui foncent tête baissée en ligne droite. 

Voilà qui est très accueillant !

Halo, je voudrais un billet aller-retour s’il vous plaît !

Et des lignes droites, il y en a des milliers ! Car contrairement au bon vin qui se bonifie avec le temps, le level design de Halo a pris un sacré coup de crosse dans la figure ! On passe la majeure partie du jeu dans des vaisseaux ou structures futuristes qui se résument à des enchaînements de couloirs, souvent étroits. Quand j’y jouais étant ado, je n’avais pas remarqué à quel point l’architecture n’avait aucun sens. On a littéralement un couloir débouchant sur un couloir débouchant sur un hub connectant des couloirs et quand on s’enfile dans l’un d’eux, on est reparti sur une succession de couloirs. Vous ne verrez pas de cuisine, pas de salle commune, pas de chambre, pas de salle de bain… Ils n’ont même pas de toilettes en fait ! Comment vivent ces Marines nom d’un chien !

Quand l’action ne se déroule pas dans un lieu clos, Halo offre des zones semi-ouvertes apportant un peu de diversité. On peut alors utiliser des véhicules humains comme le char Scorpion ou la légendaire jeep Warthog, mais aussi des véhicules Covenants comme le Ghost ou le Banshee. Des noms qui parlent forcément aux fans de la série. Et si vous en êtes un, vous vous rappelez forcément de la maniabilité pour le moins capricieuse de ces véhicules. Halo Studios est resté fidèle même sur ce point et, vous pouvez me croire, le Warthog est toujours une caisse à savon ! 

Le level design de Halo a pris un sacré coup de crosse dans la figure !

Si vous vous souvenez également de la structure de l’aventure, vous redoutez peut-être les trois dernières missions proposées. En effet, celles-ci consistent essentiellement à revenir sur ses pas, et donc à retraverser des environnements déjà vus auparavant. Ce n’est pas la fin du monde (quoique les humains sont mal en point dans Halo !), mais pour une campagne qui dure neuf heures, ça passe quand même assez mal en 2026. Ceci dit, les développeurs ont vraiment voulu coller au maximum au jeu d’origine, et il faut avouer que la fibre nostalgique est généreusement titillée. D’ailleurs, sachez qu’il est tout à fait possible de jouer en coopération, comme à l’époque, ce qui constituait une des grandes forces du titre sur Xbox. On peut donc jouer à deux en local, voire même à quatre en ligne, avec le cross-platform pris en charge. 

La rejouabilité est excellente grâce à la présence de 42 crânes collectionnables dans les niveaux. Ces derniers font office de modificateurs de gameplay très variés. Le plus étonnant est certainement celui permettant de jouer à la troisième personne, ce qui change l’essence même de Halo. Obtenir trois crânes débloque un mode Remix altérant encore davantage les missions, que ce soit le type d’ennemis à affronter, les armes disponibles ou même l’ambiance des lieux grâce à divers filtres graphiques. Pour les fans, il y a donc de quoi relancer les missions plusieurs fois. Ce remake fait en revanche l’impasse sur le multijoueur et n’offre donc que le mode Campagne et les trois missions inédites.

Ces grunts vivent leurs derniers instants…

Under armour

Et parlons justement de ces trois nouvelles missions. Le nouvel arc narratif baptisé Operation: METEORITE est l’occasion de partir à l’assaut d’un gigantesque vaisseau Covenant au côté du sergent Johnson. Les événements se déroulent un an avant le début de l’aventure sur le Halo et mettent en scène un prophète Covenant nommé Harmony. Pour être tout à fait honnête, ces trois heures supplémentaires n’ont pas un immense intérêt scénaristique. En revanche, elles sont plutôt plaisantes à jouer et apportent un peu de fraîcheur. On a notamment droit à une phase de shoot dans l’espace plutôt sympa ainsi qu’à de nouvelles armes et de nouveaux types d’ennemis.

Côté level design, ces nouvelles missions parviennent à faire mieux que le jeu d’origine, ce qui n’était pas trop difficile étant donné qu’elles ont été conçues avec nos standards actuels en tête. On va encore arpenter un paquet de couloirs, certes, mais on parcourt aussi quelques environnements plus ouverts, offrant une certaine verticalité bienvenue. Les décors extérieurs plus désertiques changent également de ce qu’on peut voir dans la campagne d’origine. Et on découvre des intérieurs de vaisseaux Covenant clairs et lumineux, ce qui nous change de l’overdose de violet habituel ! J’en profite pour vous dire que si vous êtes allergique au violet, vous ne devez surtout pas jouer à Halo… ou alors vous irez baisser la saturation dans les réglages de votre TV ! 

Les missions inédites permettent de varier les environnements.

Un remake qui nous laisse sans voix

Blague à part, Halo dispose toujours d’une direction artistique avec des choix assumés et qui confère à la série une véritable identité. Si les environnements sont souvent très gris ou très violets, quelques missions du début du jeu en extérieur proposent davantage de vie et de couleurs. Paradoxalement, ce sont surtout nos ennemis, les Covenants, qui apportent de la gaieté. Ils se parent d’armure rouge, bleue, verte, jaune… Halo Studios utilise pour la première fois l’Unreal Engine 5 mais le résultat est déjà convaincant et prometteur pour l’avenir de la série. Les nombreuses réflexions sur les matières métalliques sont réussies et les éclairages sont plutôt bons, ce qui est important puisque toutes les armes Covenants tirent des projectiles lumineux ! Globalement, le jeu est plaisant à l’œil sans être pour autant une claque graphique. Les visages des marines sont loin des meilleurs AAA de cette génération et leur gestuel manque clairement de souplesse et de naturel. Techniquement, le jeu est solide avec un mode Performance à 60 FPS bien optimisé, mais forcément un peu moins net et détaillé que le mode Qualité. 

Halo Studios utilise pour la première fois l’Unreal Engine 5 mais le résultat est déjà convaincant et prometteur pour l’avenir de la série.

Côté sonore on se fait une joie de retrouver la bande-son de Martin O’Donnell et notamment le fameux thème principal de la série. Toutes les musiques ne se valent pas, mais elles accompagnent en tout cas bien l’aventure. Les cris des Grunts apeurés lorsqu’ils vous voient prêtent toujours à sourire tandis que le son du bouclier qui se recharge n’a pas fini de retentir dans votre DualSense ! 

Les doublages sont en revanche le sujet qui fâche et les critiques sont évidemment justifiées. Si les doubleurs habituels de la série ont été remplacés, c’est parce que Microsoft a récemment introduit de nouvelles clauses d’IA dans ses contrats de doublage. Des conditions permettant à la firme d’utiliser les enregistrements des comédiens pour entraîner des modèles d’IA et potentiellement recréer ou cloner leurs voix à l’avenir. Autant dire que cela ne convient pas du tout aux comédiens et je les comprends, c’est un manque de respect et un moyen de s’en passer pour les prochains jeux. 

Du coup les voix françaises ont été réenregistrées par des doubleurs québécois qui n’ont pas été crédités pour éviter le cyberharcèlement. Et la VF est clairement décevante, avec des intonations pas du tout dans le ton et des rythmes de diction peu naturels. Moi je joue toujours en anglais donc j’ai pu profiter de doublages corrects, mais si vous avez l’habitude de jouer en français, je vous conseille pour une fois de passer dans la langue de Shakespeare. 

7 7

Halo : Campaign Evolved est incontestablement un excellent remake qui respecte le jeu original presque à la lettre. Le gameplay toujours aussi nerveux n’a pas vieilli et constitue l’une des forces du jeu. L’Unreal Engine 5 nous permet de redécouvrir la campagne sous un nouveau jour, sans oublier les trois missions inédites qui sont plutôt efficaces et rallongent la durée de vie. Il est évident que le contrat est rempli et que les joueurs nostalgiques vont apprécier l’aventure. Les nouveaux venus pourraient toutefois avoir plus de mal à pardonner le level design daté, les allers-retours ou encore la mise en scène sans relief. Sans oublier les doublages français ratés et la polémique justifiée autour des pratiques de Microsoft. Tout n’est pas parfait, mais ce remake vaut en tout cas le détour pour les fans.

Points forts

  • Gunfights nerveux et plaisants
  • Visuellement réussi
  • Techniquement solide
  • Un remake fidèle à l’original
  • Le thème original, culte
  • Missions bonus plutôt sympas
  • Coopération jusqu’à 4 joueurs
  • Bonne rejouabilité (si vous en avez envie)

Points faibles

  • VF ratée et sans les doubleurs d’origine !
  • Level-design très daté (que de couloirs)
  • Mise en scène décevante et scripts très cheap
  • Animations des alliés ratées
  • Pas de mode multi

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