Ramener James Bond au premier plan tout en narrant sa genèse : voilà l’ambitieux défi que s’est lancé IO Interactive, le studio à l’origine de la série Hitman. À l’exception du mythique GoldenEye de la Nintendo 64, les jeux mettant en avant l’espion anglais ont rarement fait l’unanimité. Mais il semblerait que l’année soit un grand cru pour 007 ! Je vous explique pourquoi dans ce test !
Pour trouver son nouveau job, Bond y va au culot !
Alors qu’on attend toujours de savoir quel acteur incarnera James Bond dans les prochains films et quelle orientation prendra la saga au cinéma, IO Interactive a pris le parti de nous amener aux origines du personnage en confiant le rôle clé à l’acteur Patrick Gibson, un irlandais de 31 ans notamment vu dans Dexter : Original Sin ou encore Shadow and Bones. Ce dernier est au départ membre de la Royal Navy et va se faire remarquer lors d’une mission en Islande qui tourne mal. Tétu et sûr de lui, il décide de désobéir aux ordres d’une mystérieuse femme du MI6 pour sauver des vies et détruire des preuves, ce qui va lui valoir d’être repéré par les services secrets britanniques.
Après cette mission, le début du jeu fait office de tutoriel géant dans lequel on apprend les rudiments du métier en accéléré. Vous vous en doutez, il va être question de s’infiltrer, récupérer des informations, affronter ses ennemis mais aussi de savoir conduire à toute vitesse. Une fois nos preuves faites, l’histoire prend de l’ampleur et on retrouve l’habituelle formule James Bond, c’est-à-dire une aventure qui va nous faire voyager aux quatre coins du monde pour déjouer les plans de personnes mal intentionnées. De Londres au Vietnam, en passant par la Mauritanie ou encore l’Antarctique, on va clairement voir du pays et ça tombe bien puisque le moteur graphique très solide permet un joli dépaysement.
Une aventure qui va nous faire voyager aux quatre coins du monde.
Je ne vais pas entrer dans les détails du scénario pour ne pas vous spoiler mais sachez qu’il est intéressant et dans l’ère du temps, avec la technologie et sa place dans la société comme sujet central. L’histoire n’a clairement rien à envier à celles des films, même si j’ai trouvé que le rythme était particulièrement lent (j’y reviendrais). Les personnages alliés sont tous bien interprétés et IO Interactive a réuni un sacré casting avec Lennie James, Gemma Chan, Alastair Mackenzie ou encore Lenny Kravitz. Les méchants sont un peu plus caricaturaux mais c’est en général le cas dans tous les James Bond.

Inspecteur gadget !
Les développeurs suédois ont d’ailleurs fait un excellent travail à tous niveaux pour être fidèles à ce qu’on attend de l’agent 007, y compris au niveau des phases de jeu. Le cœur du titre reste l’infiltration, un domaine dans lequel IO Interactive en connaît un rayon. Il va donc falloir être discret pour avancer, écouter des discussions et lire des documents pour obtenir des indices, et de temps à autre s’accrocher à des corniches et autres tuyaux pour accéder à des endroits sans être vu. On a aussi droit à des passages accroupis dans les conduits d’aération, ce qui me rappelle à chaque fois Metal Gear Solid. Parfois il faudra se fondre dans la foule pour avancer, mais souvent il faudra surtout ne pas être vu. Et quand une pièce grouille de gardes, on remercie comme d’habitude Q pour la panoplie de gadgets mis à disposition.
Car que ferait James Bond sans ses fameux gadgets ? Vous en aurez en tout huit à disposition. Vos lentilles en mode réalité augmentée et votre fameuse montre sont toujours équipées, auxquelles s’ajoutent trois emplacements libres. C’est donc à vous de décider quels gadgets vous souhaitez apporter en mission. Ces objets sont très simples à utiliser puisqu’une touche est attribuée à chacun d’eux. Il faut simplement avoir suffisamment de batteries ou de produits chimiques en stock, car ceux-ci consomment des ressources.
L’un de mes gadgets préférés est le téléphone lanceur de fléchettes toxiques qui rend instantanément malade l’ennemi, l’obligeant à quitter son poste. On peut citer aussi le bracelet laser multi-fonction, les capsules fumigènes, bien pratiques pour se camoufler, ou encore le stylo-missile qui porte bien son nom. La Q-Watch permet également de nombreux hackings mais tout cela reste extrêmement simpliste puisqu’il suffit d’appuyer un bouton pour hacker. N’allez pas vous imaginer devoir résoudre des casse-têtes pour parvenir à vos fins. 007 First Light est un titre résolument grand public dans son approche, ce qui n’est pas du tout un problème mais qui implique que le gameplay est accessible et relativement classique.

Action – infiltration au shaker, pas à la cuillère
Mais une fois encore, classique va de pair avec efficace. C’est notamment le cas pour les combats au corps à corps. Car distraire vos adversaires avec des gadgets ou les neutraliser silencieusement n’est pas toujours simple, même si, en toute honnêteté, l’IA n’est pas exceptionnelle, loin de là. En tout cas, une fois repéré, il va falloir faire parler la force. Cet aspect du jeu est plutôt intéressant et dynamique, car on peut non seulement utiliser ses poings et ses pieds, mais aussi utiliser l’environnement à son avantage. Vous pouvez par exemple lancer des objets dans la tête de vos ennemis. Je vous déconseille d’essayer mais, à priori, recevoir une tasse ou une brique en pleine poire, ça ne fait pas du bien ! Encore plus intéressant, vous pouvez fracasser votre opposant contre une vitre (ça aussi ça pique !) voire même l’électrocuter en le balançant contre un objet électrique.
On peut non seulement utiliser ses poings et ses pieds, mais aussi utiliser l’environnement à son avantage.
Malgré ces possibilités, les combats tournent vite en votre défaveur. La difficulté monte sérieusement quand vous êtes encerclé et parer les coups avec précision n’est pas chose aisée. J’ai préféré esquiver en règle générale, voire fuir le temps de recharger ma santé avant de revenir à la mêlée. En mode normal, plusieurs passages m’ont fait suer, même si j’admets que je ne suis pas un core gamer dans l’âme. Quand les choses prennent définitivement une mauvaise tournure, les ennemis sortent les guns, ce qui active votre fameux “Permis de tuer”. Ce sont les seuls moments où vous pouvez utiliser des armes à feu et où le jeu part donc en mode gunfights. Si vous êtes très discret, vous pouvez éviter certaines de ces séquences, mais pas mal d’autres sont imposées par le jeu. Ces phases sont efficaces, punchy et parfois explosives, même si pour les habitués du genre c’est du déjà joué. On progresse de couverture en couverture en essayant de faire des headshots ou de tirer sur les barils d’explosifs rouges vifs car les balles sont limitées donc autant que chacune d’elles compte.
Personnellement je m’attendais toutefois à plus d’action car, comme beaucoup de joueurs, je pensais que 007 First Light serait un mix entre Hitman et le côté grand spectacle d’Uncharted. Au final il faut admettre que les gunfights sont moins nombreux que je l’imaginais, ce qui fait toutefois sens puisque James est un espion, pas le Terminator. Mais cela contribue, je trouve, à un rythme assez lent, qui décolle vraiment dans le dernier tiers du jeu. C’est l’un des points qui m’a déçu, je m’attendais à être embarqué dès le départ et au final il manque un petit quelque chose pour rendre le tout plus palpitant.

L’ombre et la lumière
Un dernier point au niveau du gameplay, vous l’aurez deviné, il s’agit des phases de course-poursuite en véhicules. Je vous en parle en dernier car en réalité… il y en a très peu. C’est d’ailleurs peut-être aussi un point qui contribue à ce côté moins spectaculaire qu’attendu. La conduite est évidemment arcade, que l’on conduise des voitures ou, à un moment, un bateau. Ces phases sont sympathiques mais sous-exploitées durant les 16-17 heures requises pour terminer le jeu. Une durée de vie plus qu’honorable pour le genre d’ailleurs.
Pour les chasseurs de trophées, il n’y a pas grand-chose à faire dans l’aventure principale qui reste assez linéaire malgré la possibilité d’opter pour différentes approches dans de nombreuses situations. Quelques cartes à jouer, cartes postales ou autres objets souvenirs sont disséminés dans les lieux si le challenge vous intéresse.
Pour allonger la durée de vie, c’est davantage vers le mode “Simulations tactiques” qu’il faudra se tourner. Ce dernier compile tout un tas de défis vous permettant de débloquer des crédits pour acheter des costumes ou de l’équipement, mais aussi d’appliquer des skins aux armes et objets. Ces défis sont classés dans différentes catégories et s’apparentent à de courtes séquences de jeu à compléter le plus vite et le mieux possible pour obtenir un score élevé. Plus on joue, plus on peut acheter d’objets et plus on peut améliorer ses scores ou réussir des challenges auparavant trop relevés. À noter quand même que IO Interactive a décidé de bloquer ce mode si vous n’êtes pas connecté à internet. Un choix très discutable puisqu’à part pour récupérer le tableau des high scores mondiaux, rien ne semble nécessiter une connexion.

Bond toujours aussi séduisant
Si le personnage de Ian Fleming se distingue en général par son côté séduisant, le jeu de IO Interactive parvient lui aussi à nous flatter la rétine. Alors que toute l’industrie est passée sur l’Unreal Engine 5 depuis quelques années, le studio suédois résiste encore et toujours à l’envahisseur en nous proposant un titre tournant sur le Glacier Engine, le moteur graphique maison. Un peu à l’image de Capcom avec son RE Engine, on est ici face à un moteur performant et maîtrisé. 007 First Light est clairement un jeu dans le haut du panier, avec des décors réussis, des textures plutôt détaillées et homogènes, des panoramas remarquables mais aussi des modélisations de personnages qualitatives. Les visages sont très expressifs, notamment dans les cinématiques, et attestent de la palette d’acteurs du casting cinq étoiles. On a donc un rendu visuel cohérent et sans fausse note, sans pour autant atteindre l’effet “waouh”, il faut le reconnaître.
Le jeu de IO Interactive parvient lui aussi à nous flatter la rétine.
La fidélité à l’univers James Bond passe aussi, et évidemment, par l’audio. La bande-son est assez discrète, certainement trop, mais les différents thèmes sont définitivement dans le ton. Quelques notes suffisent pour se dire “ça c’est une musique à la James Bond”. Sachez que c’est Lana Del Rey qui interprète le thème principal, un timbre de voix immédiatement identifiable et un choix judicieux selon moi. Attention toutefois, il n’existe aucun doublage en français. C’est l’une des principales critiques adressées au jeu et il est vrai qu’il est rare qu’un jeu de ce calibre fasse l’impasse sur une traduction intégrale. Il faudra donc jouer en anglais avec les sous-titres français, ce que personnellement je fais toujours mais j’ai bien conscience que cela peut être un frein pour certains joueurs.
