Dispatch : le jeu de héros vraiment super !

critique Jeu vidéo
Dispatch : le jeu de héros vraiment super !

Je ne suis pas vraiment fan de comics, mais j’apprécie tout particulièrement les jeux vidéo narratifs. Ce constat m’a conduit à ne pas jouer à Dispatch lors de sa sortie il y a un an. Mais puisque le titre d’AdHoc Studio est désormais inclus dans l’abonnement Amazon Prime, via la plateforme Luna, je me suis dit qu’il était temps de lui donner sa chance. Et je peux vous dire que je ne regrette absolument pas !

Méchamment gentil !

Ceci étant dit, parlons un peu de Robert Robertson, alias Méca Man, le héros de cette aventure peu commune. Notre ami Robert n’a en réalité aucun pouvoir, mais a hérité d’une gigantesque armure qui se transmet de génération en génération dans sa famille. Quand celle-ci est détruite par Spectre dès le début du jeu, il se retrouve cette fois sans moyen financier pour la réparer. Et c’est difficile de déclarer un sinistre à son assurance dans ce genre de cas ! C’est alors qu’Aurore, l’une des super-héroïnes les plus populaires, particulièrement puissante et jolie, lui propose un job. Il rejoint sans hésiter le SDN, le Superhero Dispatch Network. 

Dès lors, il devient un dispatcheur dont le rôle est, sur le papier, plutôt simple : répondre aux appels d’urgence des abonnés au service, en envoyant un ou plusieurs héros en mission. Seulement voilà, Robert n’a pas hérité de l’équipe la plus bienveillante au monde. Au contraire, sa squad se constitue uniquement d’ex super-méchants cherchant à faire amende honorable et éviter la prison. Dès lors, vous aurez peut-être compris où le jeu veut en venir : on va aider ces individus peu fréquentables à devenir de meilleures personnes, capables de travailler en équipe et qui auront bien mérité leur seconde chance. Personnellement, ça me rappelle un peu Ted Lasso, ce n’est pas une série sur le foot, c’est une série sur le management et les relations sociales. Ici je pourrais presque dire la même chose de Dispatch : ce n’est pas qu’un comics interactif, c’est un jeu sur la capacité à devenir la meilleure version de nous-mêmes. Le joueur guide son équipe vers la rédemption. 

Voilà votre équipe d’ex-super-vilains en reconversion.

Votre mission si vous l’acceptez : manager des super-héros !

Comme de nombreuses aventures narratives, Dispatch se découpe en épisodes. Huit pour être exact, soit environ autant d’heures de jeu pour arriver au générique de fin. À quelques exceptions près, chaque épisode prend la même forme, à savoir une série animée entrecoupée de deux sessions de dispatch. Ces sessions constituent le cœur du gameplay, et c’est bien normal puisque c’est notre travail. Et honnêtement, si j’hésitais à jouer au titre, c’est parce que les vidéos qui présentaient ces phases ne me motivaient pas du tout. Eh bien je peux désormais vous dire que j’avais tort et je suis content de m’être trompé ! J’ai vraiment apprécié le job de dispatcheur. Ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’il s’agit d’un jeu de logique et de gestion.

J’ai vraiment apprécié le job de dispatcheur.

On a donc sous les yeux une map d’un quartier de Los Angeles, et on reçoit des appels, qui sont concrètement des messages très courts auxquels il faut répondre de la meilleure des façons. Les demandes sont parfois loufoques, parfois sérieuses. Vos super-héros vont aussi bien aider une mamie à traverser la rue que désamorcer une bombe ou combattre des gangs en train de piller un magasin. C’est en général très second degré et j’ai rigolé plusieurs fois devant le ridicule de certaines situations. Dans tous les cas, il faut bien réfléchir à qui s’occupe de quoi. Mener une enquête sur une secte requiert de l’intelligence, casser la gueule à un gang requiert de la force et de la vigueur, inspirer des collégiens requiert du charisme… Vous vous en doutez, chaque membre de votre équipe possède des caractéristiques propres, et vous allez devoir envoyer dans chaque situation un ou plusieurs héros maximisant vos chances de succès. Mais attention, les missions s’enchaînent à un rythme soutenu, les héros ont besoin de repos, peuvent être blessés, et il serait dommage de ne pas pouvoir répondre à des requêtes faute de personnel disponible. 

Dispatcher votre équipe aux quatre coins du quartier est étonnamment intéressant.

Remue-méninge

Pour apporter une profondeur de jeu et un côté plus addictif, les développeurs ont intégré un système de points de compétences pour développer les cinq aptitudes de vos héros comme vous le souhaitez. En plus de ça, chacun d’eux peut débloquer des capacités spéciales comme, par exemple, obtenir un bonus d’attaque s’il est choisi en second ou récupérer plus vite après un déploiement. Prisme peut même dupliquer en grande partie les compétences du personnage à ses côtés, ce qui permet d’envoyer deux héros en mission mais d’avoir les capacités de presque trois. 

Autre aspect à prendre en compte : les personnages que vous déployez souvent ensemble sur le terrain développent une synergie leur permettant d’atteindre plus facilement leur objectif. Il y a donc un vrai côté stratégique pour couvrir le maximum de missions et, surtout, en réussir le plus possible. Quand votre équipe galère, elle fera appel à vous pour trancher. Un super-méchant a pris un innocent en otage, allez-vous tenter de le convaincre de le relâcher ou allez-vous utiliser la force pour parvenir à votre fin ? Vous devrez prendre la bonne décision par rapport aux capacités de vos héros sur place. 

Il y a donc un vrai côté stratégique pour couvrir le maximum de missions et, surtout, en réussir le plus possible.

Lorsque vous ne dispatchez pas, vous hackez ! Robert n’est peut-être pas au niveau d’Eliott dans Mr Robot mais il va quand même falloir pirater quelques caméras et d’autres appareils connectés. La partie hacking se présente sous une forme assez épurée puisqu’il va falloir avancer sur une grille. Pour progresser, il faudra parfois entrer des combinaisons de directions, ou indiquées d’office ou à trouver ailleurs dans le niveau. La difficulté augmente au fur et à mesure des épisodes, avec des antivirus qui vous pourchassent, un temps limité pour réaliser certains hacks ou encore des charges électriques à déplacer d’un point A à un point B pour avancer. Vous l’aurez compris, encore une fois le concept semble basique de prime abord, mais parvient à se renouveler au fil de l’aventure. Sans jamais se montrer vraiment passionnant pour autant. J’admets que j’ai largement préféré les phases de dispatch ou les séquences animées narratives.

Faites progresser vos héros pour réussir davantage de missions !

We can be heroes, just for one day !

Car parlons quand même de l’autre point central du jeu, celui qui vous a sans doute attiré initialement : Dispatch, la série animée de super-héros ! Dans une aventure narrative, l’écriture et l’importance des choix sont deux points primordiaux. Et heureusement, AdHoc Studio remplit le contrat avec brio. Dispatch est un titre résolument mature, parfois trash et surtout plein à craquer d’humour en dessous de la ceinture. C’est plus que limite, on entend parler des parties intimes toutes les dix minutes, mais globalement ça marche bien parce qu’il y a aussi un côté plus sérieux qui vient contraster les vannes. On découvre au fil du jeu l’identité de nos héros qui, je le rappelle, sont en majorité des ex-vilains. Notre équipe dévoile petit à petit son caractère, mais aussi quelques peurs et incertitudes. Invisimeuf est particulièrement bien écrite et au centre de nombreux choix décisifs pour la fin de l’intrigue. Bolide, connaissance de longue date de Robert, se montre également charismatique. Et pour ajouter une dose de fun, le chien du héros, Beef, ne manquera pas de vous faire rire. 

Dispatch est un titre résolument mature, parfois trash et surtout plein à craquer d’humour en dessous de la ceinture.

Les personnages sont brillamment incarnés par un casting de haut niveau, avec énormément de comédiens de doublage ayant déjà fait leurs preuves sur d’autres jeux comme Laura Bailey qui interprète Invisimeuf et qui est connue pour sa prestation magistrale en tant qu’Abby dans The Last of us Part II. On retrouve aussi quelques acteurs réputés, avec notamment Aaron Paul dans le rôle principal, mais aussi Jeffrey Wright en Bolide. Du beau monde qui enchaîne les répliques toujours dans le bon ton et qui contribue à rendre l’histoire aussi captivante que fun. Cerise sur le gâteau, la mise en scène est également très réussie, avec parfois une belle créativité dans les transitions entre les plans. 

Au milieu de toutes ces séquences, on est amené à faire des choix. Tous les choix ne sont pas impactants, loin de là, mais il y en a suffisamment pour que plusieurs romances et plusieurs fins soient possibles. Il faut en général se décider très vite. Jusqu’à trois options apparaissent à l’écran et le temps de toutes les lire, il n’y a presque plus de temps pour prendre sa décision ! J’ai trouvé le timing un peu trop serré. Le jeu étant doublé uniquement en anglais, la plupart d’entre vous devra lire les sous-titres. Lors des séquences animées, ce n’est pas un problème, mais lors des phases de dispatch, réussir à lire toutes les phrases en haut de l’écran tout en se concentrant sur les missions qui popent sur la map non-stop peut-être assez ardu. À part ce petit problème, l’immersion est vraiment excellente grâce à une direction artistique très réussie et à une bande-son que j’ai personnellement appréciée, avec pas mal de sonorités électroniques. À noter aussi la présence de QTE qui sont plutôt gadgets. À tel point que les développeurs permettent de les désactiver complètement dans le menu. 

8 8

Dispatch est l’une des meilleures aventures narratives de ces dernières années. AdHoc parvient à insuffler une identité très forte à son premier jeu, que ce soit à travers son style graphique ou son concept original consistant à gérer une équipe d’ex-super-vilains en quête de rédemption. Ces phases de dispatch constituent le cœur du jeu et rendent instantanément attachant le personnage de Robert, un héros temporairement sans pouvoir qui trouve dans son nouveau rôle le moyen de continuer à faire le bien. L’histoire est prenante et monte en puissance, bien aidée par un casting cinq étoiles pour lui donner vie. Alors oui, tous les choix ne sont pas impactants et certains personnages sont moins développés que d’autres, mais difficile de faire la fine bouche devant une telle réussite.

Points forts

  • Une histoire intéressante qui monte en puissance
  • Des personnages hauts en couleurs…
  • … magnifiquement interprétés par un casting 5 étoiles
  • Une jolie direction artistique
  • Les phases de dispatch : un jeu de gestion plaisant
  • Ça fait du bien de rire devant son écran
  • Plusieurs choix impactants la romance et la fin du jeu

Points faibles

  • Le mini-jeu de hacking est peu passionnant
  • Les sous-titres sont parfois durs à lire (ils passent par-dessus l’interface)
  • Le délai pour faire un choix est souvent court
  • Certains personnages moins développés que d’autres
  • Si vous n’aimez pas l’humour en dessous de la ceinture, passez votre chemin

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