Après deux semaines de conférences gaming non-stop dans le cadre de la Summer Game Fest, je vous propose un petit bilan en sept points. De quoi faire un état des lieux de l’industrie vidéoludique et de ce qui nous attend.
Les remakes plutôt que l’originalité (… mais de vrais remakes !)
Le point qui m’a sans doute le plus marqué cette année est la profusion de remakes. Certes, c’est déjà le cas depuis pas mal d’années, mais en ces temps où l’industrie vidéoludique licencie à tout va et où les éditeurs se montrent particulièrement réticents à l’idée d’investir dans de nouvelles licences, le recyclage de valeurs sûres atteint son apogée. Alors attention, je ne parle pas ici de remasters fainéants vendus au prix fort, je parle de véritables remakes capables d’attirer un nouveau public, mais aussi de séduire les fans des jeux originaux. D’ailleurs, je n’ai pas honte de l’admettre, il y a un paquet de remakes qui figurent parmi mes plus grandes attentes pour 2026 et 2027. Tout simplement car les studios mettent le paquet pour moderniser les aventures d’antan et pour justifier de repasser à la caisse.
Alors que Star Fox arrive sur Switch 2 le 25 juin, c’est surtout le second semestre qui sera riche en remakes. Plusieurs d’entre eux ont brillé lors des conférences estivales. On va par exemple retrouver Assassin’s Creed Black Flag Res ynced dès le 9 juillet. Il sera suivi de près par le prometteur Halo : Campaign Evolved, avec ses missions bonus et son mode à la troisième personne inédit. Le retour de Master Chief est prévu pour le 28 juillet. Autre remake dévoilé ces derniers jours, Rayman Legends Retold. Je trouve que le jeu d’origine n’a pas vieilli et j’étais très dubitatif sur la nécessité d’un remake. Et pourtant Ubisoft m’a convaincu avec son nouveau style visuel et l’apport de la 3D qui transforme les niveaux. Le héros sans bras ni jambe sera disponible le 1er octobre. Et enfin, que dire de Zelda : Ocarina of Time, l’un des remakes les plus attendus de tous les temps et qui prendra enfin vie à la fin de l’année.
Ça fait déjà cinq gros remakes pour cette année, et 2027 suivra la même dynamique. Avec le retour du premier Tomb Raider, mais aussi de Resident Evil Code Veronica, épisode très apprécié de la série, qui risque encore de se vendre comme des petits pains. Et bien sûr, la sortie de Final Fantasy VII Révélation sera elle aussi un gros événement lors du printemps. En dehors des jeux présentés lors des conférences estivales, n’oublions pas non plus le remake du premier Silent Hill, du premier The Witcher ainsi que des deux premiers Max Payne. Bref, la tendance est extrêmement forte, certains la critiqueront, mais je suis sûr que vous attendez quelques titres dans le lot.

Des graphismes enfin “next-gen”
La transition entre la génération précédente et celle-ci, le fameux cross-gen, aura duré de longues années mais cette Summer Game Fest semble avoir enfin montré ce que les machines actuelles ont dans le ventre. Alors bien sûr il ne faut pas être naïf, les séquences montrées ont souvent été capturées sur des PC surpuissants ou sur PS5 Pro. Mais ce n’est pas non plus une raison pour bouder notre plaisir. J’ai été particulièrement impressionné par les extraits de Stellar Blade Blood Rain, notamment par la quantité de détails ahurissants présents à l’écran lorsqu’Evie se promène dans la ville. Chez Xbox, difficile de faire la fine bouche en voyant Senua, le troisième jeu de la licence Hellblade qui, comme le précédent, s’annonce visuellement éblouissant.
Autre démonstration, cette fois chez Sony, je parle bien sûr de God of War : Laufey. La série de Santa Monica Studios nous a habitués à une réalisation sans faille, mais cette fois on a encore franchi un cap. La modélisation de Faye est bluffante, on reconnaît Deborah Ann Woll instantanément et ses expressions faciales sont ultra réalistes. Les éclairages semblent aussi remarquables. Et pour continuer dans les superlatifs, je vous parle d’un quatrième jeu qui fait sensation en raison de ses graphismes, il s’agit de Ill. Ce titre horrifique impressionne à chaque présentation et je me demande vraiment si ce n’est pas trop beau pour être vrai. Car si c’est vrai, c’est une claque. Éclairages, textures, modélisation, localisation des dégâts, tout semble au top. J’aurais pu citer bien d’autres jeux qui arrivent enfin à la hauteur de nos attentes pour cette gen, mais ces quatre-là sont les premiers qui me sont venus à l’esprit.

La profusion de jeux d’horreur
Je vous parlais à l’instant de Ill mais ce n’est clairement pas le seul jeu d’horreur en cours de développement. La thématique a été omniprésente et notamment à la grande conférence de Geoff Keighley où l’on a pu voir Resident Evil Veronica, Alien Isolation 2, Saw Genesis, End of Abyss ou encore Last Harbor. Mais dans d’autres shows, la peur était aussi un sujet central avec des titres comme Silent Hill Townfall, le reveal de Until Dawn 2, le gore Clive Barker’s Hellraiser: Revival ou l’adaptation de la licence Halloween.
Personnellement, je ne suis pas un fan du genre, mais il faut reconnaître qu’il y en a pour tous les goûts. Et si on ajoute à ça le fait que les graphismes sont de plus en plus réalistes, ces titres s’annoncent plus terrifiants et malsains que jamais.

Sony et Microsoft font marche arrière
Nintendo continue à être une force tranquille et à se reposer, peut-être un peu trop, sur ses lauriers, mais au moins le constructeur japonais reste fidèle à sa stratégie depuis des années. On ne peut pas en dire autant de Sony et Microsoft, qui ont considérablement tâtonné sur cette génération. Et s’il y a bien un enseignement que l’on peut retenir de ces conférences estivales, c’est que les deux géants sont en train de revenir en arrière, à la recherche du temps perdu.
Côté Sony, la politique visant à créer le maximum de jeux services a été un échec cuisant qui a trouvé son dénouement dans l’immense flop de Concord. Malheureusement cela a mené à la fermeture de plusieurs studios. Non seulement Firewalk Studio qui a donc réalisé Concord, mais aussi Bluepoint Games, talentueux développeur de jeux solo, dont le projet multijoueur imposé par Sony a été stoppé. De son côté, Naughty Dog s’est embourbé sur le projet multi The Last of Us, qui a fini par être annulé. à l’heure actuelle, le studio californien n’a toujours pas sorti le moindre jeu inédits sur PS5, se contentant de remasters et de remakes.
En tant que fan de jeux d’action-aventure solo, je me réjouis donc de voir Sony revenir à ce qu’il sait faire de mieux. L’arrivée de Wolverine en septembre devrait lancer le retour d’ambitieux AAA solo dans le catalogue. Sachant que God of War : Laufey et Intergalactic : The Heretic Prophet devraient être les deux immenses cartouches de PlayStation pour cette fin de génération. On peut même s’attendre à ce que ce soit des jeux cross-gen, disponibles également sur PS6 lorsqu’elle sortira.
Côté Microsoft, c’est le grand chamboulement depuis l’arrivée d’Asha Sharma. Après avoir baissé le prix du Game Pass, le constructeur américain souhaite renouer avec ses fans de la première heure, et donc avec les possesseurs de XBOX. La politique d’éditeurs tiers menée depuis quelques mois ne va pas totalement disparaître à court terme, puisque Halo : Campaign Evolved, Forza Horizon 6 ou encore Fable sortiront sur PS5. Mais en rendant exclusif XBOX le prochain Gears of War mais aussi Clockwork Revolution, Microsoft tâte le marché et montre aux joueurs que posséder un hardware Xbox présente encore un intérêt.
Evidemment, pour cette génération, les XBOX Series ne rattraperont pas la PS5, mais ce revirement stratégique concerne surtout la Helix, la console de la prochaine génération. À mon avis, Microsoft va surveiller de prêt les ventes de consoles avec la sortie de Gears of War : E-Day. Ils ont sorti un remake de Gears of War sur PlayStation 5 et espèrent que certains joueurs conquis vont acheter une XBOX pour découvrir la suite de la série. C’est le même raisonnement pour Halo. Le remake à venir va mettre l’eau à la bouche des joueurs PlayStation, et Microsoft espère sans doute que ce sera suffisant pour leur faire acheter la future XBOX quand l’inévitable nouvel épisode inédit de Halo sortira dessus. Évidemment, cette stratégie va être testée sur quelques années mais n’est pas gravée dans le marbre. On se doute qu’en cas de mauvais démarrage de la Helix, Microsoft pourrait très vite se rouvrir à Sony et Nintendo pour faire primer l’intérêt économique à l’image de marque du hardware. Personnellement je suis très curieux de voir ce que va faire la firme avec The Elder Scrolls VI, qui est attendu par des millions de joueurs. Une exclusivité du jeu serait un message fort.

Une avalanche de conférences
Autre enseignement de ce mois de juin 2026 : les conférences sont plus nombreuses que jamais. On en a eu une vingtaine en dix jours, et il est quasiment impossible de tout suivre. Même si tout le monde utilise le terme conférence, il est quand même bon de noter que seul Geoff Keighley réalise une véritable conférence publique. Les autres événements étant des streams pré-enregistrés, parfois avec des animateurs en plateau. À l’exception des shows de constructeurs et de la conférence principale, on retrouve désormais un bon paquet de conférences thématiques et il y en a pour tous les goûts. Il y a les conférences engagées, comme Women-Led Games avec des jeux leadés par des femmes ou Gayming Pride Parade présentant des jeux célébrant la diversité sexuelle.
On retrouve aussi les conférences régionales avec le Latin American Games Showcase, le India Games Showcase ou encore le Frosty Games Showcase pour les jeux australiens et néo-zélandais. Le Wholesome Direct avec ses jeux tout cozy et mignons était également de retour, tout comme un paquet de shows dédiés aux jeux indé. Côté français, n’oublions pas l’AG French Direct produite par ActuGaming et mettant en avant les jeux francophones.

La réalité virtuelle au point mort
Difficile de trouver des traces de jeux en réalité virtuelle dans les grandes conférences de ce mois de juin. Pour en voir, il fallait regarder le Upload VR Showcase, un show logiquement dédié à ces titres. Alors que la VR était vue par certains comme l’avenir du jeu vidéo, la contrainte de porter un casque et les prix assez élevés du matériel ont finalement relégué cette technologie prometteuse à un marché de niche. Il faut dire aussi que les acteurs du marché n’ont pas montré d’immenses convictions récemment.
Le pire étant certainement Sony qui ne semble jamais avoir cru au potentiel commercial de son PS VR2. Aucun jeu en réalité virtuelle n’était présent lors du State of Play, un signal fort qui a de quoi inquiéter les possesseurs du casque. De son côté, Meta domine largement le marché puisqu’il représente près de 60% des ventes. Mais la majeure partie des investissements du géant américain sont désormais tournés vers l’IA, ce qui pourrait avoir des conséquences sur la capacité des futurs Meta Quest à innover et démocratiser la VR.

Les éternels absents
Pour terminer, j’aimerais vous parler non pas des jeux qu’on a vu, mais plutôt de ceux qui ont à nouveau brillé par leur absence. En tant que fan de BioShock, j’attends avec impatience BioShock 4 mais aussi Judas, le nouveau jeu du créateur de BioShock qui sera dans le même esprit. Si j’avais peu d’espoir de voir BioShock 4, j’aurais vraiment aimé être surpris avec un petit teaser. Le jeu a été annoncé en décembre 2019 et on ne sait toujours rien sur lui. Du côté de Judas, on a appris récemment qu’il sortirait entre avril 2027 et mars 2029, ce qui est une fourchette très large. Il reste visiblement du travail aux développeurs de Ghost Story Games mais je pensais vraiment apercevoir le titre dans l’une des conférences.
Autre absent de taille : Squadron 42. L’épopée spatiale solo de Star Citizen est très attendue et les probabilités d’en savoir plus lors de la Summer Game Fest étaient élevées. Mais il n’en est rien. De quoi donner du crédit aux rumeurs annonçant une sortie pas avant l’année prochaine.
Enfin, et parce que rien n’interdit de rêver et d’être naïf, j’aurais rêvé de voir réapparaître les deux grandes arlésiennes du jeu vidéo actuel : Beyond Good & Evil 2 et The Elder Scrolls VI. Pour le jeu d’Ubisoft, je savais bien qu’on ne le verrait pas et je me demande même s’il sortira un jour. Pour The Elder Scrolls VI, j’avais un mince espoir que ce soit le one more thing du Xbox Games Showcase. Pas avec du gameplay mais au moins un nouveau teaser pour faire monter la hype. Comme Todd Howard l’avait dit, il va falloir être patient.
